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LES NAGA Introduction
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Photos par Pablo Bartholomew

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Introduction


La Marque de la Beauté

Lorsque j’étais enfant, mon père me racontait comment sa famille avait fui la Birmanie, pendant la deuxième guerre mondiale, pour venir se réfugier en Inde. Craignant d’être l’objet de persécutions, perpétrées par les troupes japonaises d’occupation, les Birrmans qui portaient des noms chrétiens s’enfuirent en suivant la route du Général Stillwell, qui mène de Rangoon à Ledo, au Nord-Est de l’Assam. C’est au cours de cet exode que mon père et ses parents ont découvert la gentillesse et l’hospitalité des Nagas qui vivaient alors en Birmanie. Des bribes de cette histoire sont restées ancrées dans ma mémoire, comme cette étrange habitude qu’ils avaient, dans leur maison au toit de chaume, de conserver le sel suspendu, enveloppé dans des feuilles de maïs. Lorsque mes parents arrivaient dans un village Naga, après une marche de plusieurs jours, un repas chaud les y attendait toujours. S’il n’y avait pas de nourriture disponible, on envoyait chasser du gibier, des oiseaux, qui étaient ensuite finement préparés. C’est donc la curiosité qui m’a amené dans les Naga Hills, quarante-sept années plus tard. Je souhaitais rencontrer les Nagas, et m’en faire des amis.

Après avoir abandonné mes études au lycée, disposant de beaucoup de temps libre, je décidai de fréquenter les Nagas qui suivaient des cours à l’Université de Delhi. Par eux j’appris énormément, et ma curiosité s’éveilla à nouveau. Mais finalement mon voyage n’eut pas lieu, annulé au dernier moment. Time-Life Books m’avait demandé de prendre des photos des tribus Nagas, destinées à être publiées dans une série intitulée “Les Grandes Tribus du Monde” : mais juste au moment où je devais commencer à travailler, l’ensemble de la série a été abandonnée. C’est seulement en 1989 que j’ai commencé un voyage qui, finalement, a duré près de six ans, et au cours duquel j’ai pu passer plus de cinq-cent jours chez les Nagas.

Le Nagaland, état membre de l’Union indienne, Nord-Est de l’Inde. Capitale : Kohima. Jouxtant la Birmanie, le Nagaland partage ses frontières avec l’état de Manipur, au Sud, et de l’Assam, à l’Ouest. Une petite partie du pays jouxte une des frontières de l’Arunachal Pradesh. Le Nagaland connaît un climat humide : exception faite de quelques régions de plaines, le pays tout entier est recouvert de chaînes de montagnes appartenant au système himalayen.

Les premiers temps du Nagaland restent à écrire. Le terme “Naga” désigne les groupes et les sous-groupes qui habitent la région. Origines possibles de ce vocable : le sanskrit naga - serpent, les termes hindi nanga - nu, naga - celui qui vient des montagnes, nok - peuple.

Entre 1819 et 1826 le Myanmar, alias la Birmanie, a pris en main la destinée de quelques tribus Nagas. Mais en 1826 les Anglais entrèrent dans l’Assam, avant d’annexer, petit à petit, les Naga Hills. Ils mirent un terme aux pratiques des chasseurs de têtes, ainsi qu’aux attaques de villages, et les Nagas se firent peu à peu à une existence plus pacifiée, basée sur le commerce et l’agriculture. L’indépendance de l’Inde, en 1947, eut pour première conséquence, au Nagaland, l’éclosion d’un mouvement en faveur de l’indépendance ; mais après d’interminables négociations, en 1963 le peuple Naga accepta l’idée de la création d’un état au sein de l’Union indienne, dont P. Shilu Ao fut le premier Chief Minister. Cependant les combats n’ont pas cessé depuis, et les mouvements de résistance se sont peu à peu mués en véritables troupes de brigands, souvent plus motivées par des problèmes de rivalités tribales, ou de vengeances personnelles, que par des convictions politiques profondes. Les différentes trèves, les négociations n’y firent rien, et en mars 1975 la President’s Rule, sorte d’état d’exception, fut appliquée au Nagaland. Bien que les principaux leaders acceptèrent de déposer les armes en 1975, et de reconnaître pleinement la constitution, un petit groupe d’extrémistes poursuivit son action en faveur de l’indépendance.

Les Nagas appartiennent au groupe indo-mongoloïde. Bien qu’elles partagent entre elles plusieurs traits culturels, les tribus Nagas sont restées isolées, et ne donnent pas l’impression d’appartenir à un seul et même peuple. On compte plus de trente-cinq groupes et sous-groupes, dont le dialecte, les coutumes, l’apparence varient. Il n’existe pas de langage commun, mais près de soixante dialectes ; parfois d’un village à l’autre la langue change. Lorsqu’ils viennent de tribus différentes, les Nagas s’expriment dans un Assamais rudimentaire. Ils sont pourtant nombreux à parler l’anglais et le hindi. L’anglais est d’ailleurs la langue officielle. On compte deux-tiers de chrétiens, dix pour cent d’animistes, mais on trouve aussi d’autres cultes. La plupart des Nagas habitent à la campagne, dans des villages qui, parfois, comptent jusqu’à 10000 habitants. Kohima, Mokokchung et Dimapur sont les principaux centres urbains du Nagaland. La tribu la plus importante est celle des Konyaks, viennent ensuite les Aos, les Tangkhuls, les Semas et les Angamis. Enfin, parmi les autres tribus, on relève les Lothas, les Sangtam, les Khiemnungam, les Ymchunger, les Phoms, les Changs, les Zeliangs, les Chakhesangs (Chokri) et les Rengma

A l’origine les Nagas sont animistes, même s’ils croient en l’existence d’un créateur et en une vie après la mort. Vivante, la nature est mue par des forces obscures, des démons et des esprits avec lesquels les prêtres et les sorciers doivent traiter. Au XIXème siècle, lorsque les colons anglais sont arrivés, le christianisme est devenu omniprésent, les missionnaires baptistes se signalant par leur prosélytisme. De fait, aujourd’hui, la population est à majorité chrétienne. L’organisation sociale varie aussi d’une tribu à l’autre, des chefs puissants et héréditaires des Konyaks, des Semas et des Changs, aux assemblées plus démocratiques des Angamis, Lothas, des Aos, des Rengma. Le Morung, une sorte de salle commune, ou de dortoir-école, reste une institution primordiale en milieu rural. Généralement occupé par les célibataires de sexe masculin, il accueille aussi parfois, dans certaines tribus, les femmes seules. Les femmes occupent une place importante dans la société, elles travaillent sur un plan d’égalité avec les hommes, et exercent leurs pouvoirs dans les conseils de village.

L’agriculture reste encore à la base de l’économie. 80 % des actifs sont agriculteurs. On cultive le riz, à raison de deux récoltes par an, le millet, la canne à sucre, la pomme de terre, le tabac. Mais la mauvaise qualité des terrains, ainsi que la pratique de la culture sur brûlis, ont eu pour ultime conséquence l’appauvrissement de la forêt et de la chaîne écologique ; les récoltes ne sont pas toujours bonnes.

A mesure qu’elle s’ouvre au monde moderne la culture Naga s’altère...

  
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